06.04.2005

Avec toute ma tendresse

Fini le premier semestre (mi-janvier) l’heure est aux examens. Il fallait que je regarde mes heures de surveillances ! souvent des amphis, une solution plus que pratique pour la faculté. La période d’examens ne dure qu’une « semaine », il faut que les étudiants vivent sur un rythme infernal avec « presque » 2 matières par jour. Une fois j’avais les étudiants de Licence et de maîtrise au même amphi (c’est plutôt un stade q’un amphi…grand grand grand !).

Dans toutes mes surveillances, j’ai remarqué "un petit détail" : un jour je dois avoir une salle (l’amphi n’est pas la règle), nombre d’étudiants : 7. Bizarre..... Le «jour de la salle» arrive, j’ai bien remarqué sur le papier reçu 4 h + 1/3 du temps (quand il y a 1/3 du temps de plus c'est un signe de la présence d'un cas spécial, malade, etc.)…
Je suis arrivé le premier à la salle, j’avais avec moi mes 6 enveloppes (ils viennent de 3 groups différents, normal, pas le même cours ; pas le même examen)

13h30, je passe la feuille d’émargement, bon, disons-le, ce public est composé d' "étudiants en difficultés physiques" ce que nous appelons : handicapés (je n’ai jamais aimé ce mot, il confirme la misère de notre dictionnaire à varier ses mots), après tout, j’avoue être très content d’avoir ce privilège. J’ai toujours aimé ces personnes et je n’ai jamais compris l’idée de l'exclusion que les "personnes normales" affligent à des êtres souvent plus normaux qu’eux. J’ouvre une parenthèse :

Ma première expérience avec les personnes que la société nomme « handicapées » remonte à 1999, quand on est étudiant, notre « passe-temps » favori consiste à poursuivre les « jobs étudiants », répondant à une annonce pour une colo (s’en occuper bien sûr ! je n'ai plus l’âge pour partir en colo !!); la directrice me contacte et m’explique que la mission est un peu spéciale, il s’agit d’encadrer des « handicapés mentaux », voilà une nouvelle expérience pour moi…

La date est juillet 1999 et la destination est Courchevel…La colo a été parfaite, ils se sont bien amusés, ils n’ont rien d’anormal, quelques aides pour "les petits détails", ils aiment faire les "mots croisés", regardez la télé, se marrer devant ses bêtises, d’ailleurs j’adore quand ils insistent à finir "Les Feux de l’amour", ils étaient adorables à fond, nous avons organisé des fêtes... Nous sommes allés au cinéma, c’était un grand joli souvenir et un moment de joie (JOIE), d’ailleurs, l’hiver suivant j’ai renouvelé l’expérience avec ces mêmes tendres personnes (la tempête de 1999 je l’ai vécu avec eux dans la beauté de la neige vosgienne), rassurez-vous l’étiquette de "fou", "handicapé mental" n’existe que dans nos têtes, nous les personnes fières d’être normales. Bien sûr, je ne parle pas des cas extrêmes, mais tant que ces personnes bénificient d'un suivi médical, ils gardent toujours le degré de normalité….

L’examen commence, je distribue les épreuves, rien d’anormal, tout passe parfaitement bien…ceux qui terminent quittent la salle, j’ai lu leurs copies, joliment rédigées avec beaucoup de rigueur méthodologique…
La dernière à sortir de cette salle spécialement réservée aux handicapés est "une très ravissante fille", les autres aussi sont ravissants par leur patience, par leur force de supporter notre regard et notre indifférence, elle est venue me dire "voilà monsieur, l’année dernière j’étais en terminal, j’ai beaucoup travaillé je me suis retrouvée avec la crampe de l'écrivain (une dystonie qui gène énormément l'écriture et l’utilisation de la main), je suis sous traitement et j’ai peur de ne plus s’en sortir !", vous avez senti quoi ? moi très bouleversé par cette déclaration, bouleversé par le fait de voir cette fille venir justifier sa demande d’avoir le 1/3 du temps et de se retrouver dans une salle comme ça et bouleversée par sa peur d’une maladie chronique….Elle craignait certainement le regard des autres.

J’ai « caché » toutes mes émotions, je lui ai assuré de l’efficacité du traitement médical et de garder espoir…vous voyez bien (et BIEN) notre vie peut basculer à tout moment…

A cette fille bouleversée par ce changement, à ces personnes de l’été et de l’hiver 1999, à eux oui EUX, toute [TOUTE]ma tendresse.



Petit message personnel : À « S » qui fête aujourd’hui son anniversaire, bises à toi à lui et au bambino…Nous y passerons…..

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